COVID-19 : Les cinq défis de François Legault

27/03/2020
par Steve Flanagan

On l’a dit à moult reprises, la gestion de la crise sanitaire au Québec est menée jusqu’ici de façon exemplaire par le premier ministre du Québec, François Legault. À la tête d’une armée de huit millions et demi de soldats et soldates prêts à combattre la propagation du coronavirus, le général Legault mène, avec ses lieutenants Arruda et McCann, un combat sans merci contre un ennemi mortel qui menace non seulement la vie de personnes vulnérables, mais aussi les fondements mêmes de la société québécoise.

Presque à chaque jour, monsieur Legault annonce une nouvelle mesure plus ou moins coercitive : des conseils pour un lavage strict des mains aux appels de distanciation sociale, de la fermeture des écoles et des institutions d’enseignement au confinement quasi total des citoyens et des citoyennes. Et en finale, à ce jour, la mise en pause de l’économie du Québec.

Le marathon du premier ministre

Qu’il le veuille ou non, François Legault est dorénavant engagé dans un marathon de rencontres quotidiennes diffusées en direct dans les médias et sur les nombreuses plateformes numériques où il devra rendre compte des efforts déployés par la santé publique et l’ensemble du réseau de la santé au Québec pour contrer le virus.

En compagnie du directeur national de la santé publique, le docteur Horacio Arruda, et de la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, et occasionnellement avec un ou une de ses ministres, le premier ministre du Québec a tenu jusqu’ici (en date du 26 mars 2020) quinze mises à jour avec les journalistes.

Pour fin de comparaison, lors de la crise du verglas en janvier 1998, le premier ministre de l’époque Lucien Bouchard et le président-directeur général d’Hydro-Québec, André Caillé, ont rencontré la presse à sept reprises. Des rencontres qui ont fait école.

Les cinq travaux du premier ministre

Heureusement que toutes ces mesures furent prises et suivies, car la progression du nombre de personnes affectées par la COVID-19 et le nombre de décès liés à la maladie demeurent en hausse constante. Ce qui nous amène aux défis qui attendent le premier ministre François Legault au cours des prochaines semaines.

  • 1. Maintenir le cap sur la lutte à la propagation du coronavirus

François Legault n’a plus le choix. Depuis deux semaines, il enchaîne les mesures de plus en plus contraignantes pour limiter la propagation du virus et le nombre de victimes de la COVID-19. S’appuyant sur les directives de l’Institut national de la santé publique du Québec qui s’appuie elle-même sur la science, François Legault ne peut se laisser distraire par les impacts sociaux et économiques de ces mesures et les appels à ralentir la cadence. Le temps lui donnera sans doute raison, toutes ces mesures, appuyées actuellement par une forte majorité de la population, viendront sans doute à bout de la menace. Mieux, elles seront décrites parmi les meilleures pratiques au monde. Reste que nous en avons pour encore plusieurs semaines à subir les conséquences de ces mesures.

  • 2. Rester focus sur la mission des points de presse quotidiens

Pas question de s’arrêter à la mi-course. Le premier ministre doit poursuivre ses points de presse quotidiens jusqu’à ce que la tendance s’inverse. Autrement dit, il se doit d’accompagner les Québécois en continu pour encore deux ou trois semaines. Le premier ministre se devra de rester focus sur l’esprit de ces rencontres axées sur la santé publique et le bilan général provenant du réseau de la santé. Les messages doivent demeurer clairs. Il devra éviter le piège des cas particuliers que les journalistes ne manqueront pas de soumettre au point de presse quotidien. Les journalistes, régulièrement, soulèveront des enjeux spécifiques pour lesquels des réponses seront demandées. Or, cette tribune ne doit pas servir à répondre à des cas ou des besoins particuliers. Ils risquent de faire dérailler la gestion de crise du premier ministre.

  • 3. Gérer les impacts de la crise

En temps de crise, c’est tout l’appareil gouvernemental qui est mobilisé pour répondre et gérer les impacts. Répétez après moi : « Même en temps de crise, l’ensemble du gouvernement, donc tous les ministères, reste totalement opérationnel. » Le gouvernement n’est pas « fermé ». Il existe de nombreuses inquiétudes secondaires qui sont générées par la crise sanitaire et les mesures prises pour la contrer. Et elles nécessitent des réponses. Si toute l’attention est portée vers le premier ministre Legault, sa ministre et son directeur de la santé publique, le gouvernement n’est pas absent pour autant. Tous les ministères sont directement concernés de près ou de loin et doivent répondre avec un plan d’action à toutes les conséquences possibles de la crise.

  • 4. Prévoir une sortie de crise

Selon toute vraisemblance, nous sommes encore à quelques semaines du pic de la pandémie au Québec. Mais il y aura un après COVID-19. Francois Legault doit penser à sa sortie de crise. La gestion de la crise sanitaire est une chose, mais le retour à une vie normale en sera une autre. Elle risque d’ailleurs d’être longue et progressive. Le gouvernement sera toujours confronté à une crise économique qui risque d’emporter plusieurs entreprises. Avec un taux de chômage élevé, il n’y a aucune garantie que les personnes qui auront perdu leur emploi seront réembauchées rapidement. La vie des Québécois aura été bousculée et plusieurs en garderont des séquelles. Sans parler du déficit budgétaire de l’état et des risques de récessions. Bref, François Legault, comme tous les dirigeants du monde, aura besoin de toute son équipe ministérielle, de beaucoup de créativité et d’innovation pour une sortie de crise efficace. Il ne peut rien improviser, il doit planifier.

  • 5. Prendre du repos

Sur un plan plus personnel, il nous serait difficile de ne pas reconnaître le travail herculéen réalisé par monsieur le premier ministre Legault et son équipe. Sa présence quotidienne est rassurante, tout comme celles de la ministre McCann et du docteur Arruda. Il lui faudra faire attention de ne pas tomber dans le piège de trop vouloir en faire en s’imposant ces présences quotidiennes en plus de devoir gérer toutes ces situations critiques. Un mot : repos. Son équipe devra lui imposer une période de repos où, sauf extrême urgence, il pourra et devra refaire ses forces. Idem pour ses principaux collaborateurs.

*En conclusion, tous ces défis peuvent également se résumer à celui sous-jacent de conserver l’appui et l’adhésion de la population qui risque de s’essouffler avec le temps en raison des impacts des différentes mesures qui lui sont imposées. La population doit continuer à faire confiance à l’autorité du gouvernement et de la santé publique même si cela impose des sacrifices importants. Les conditions favorables au respect des mesures générées par le leadership du premier ministre François Legault doivent demeurer les bases solides de notre action collective. Garder les troupes mobilisées fera la différence au final sur le succès ou pas de la conduite de la gestion de crise de François Legault.

*Cette conclusion modifiée m’a été inspirée par le commentaire avisé de ma collègue Anne-Louise Milot.

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