COVID-19: Le plus difficile reste à venir pour le gouvernement Legault

25/03/2020
par Steve Flanagan

Prenez note que ce texte a été originalement publié dans l’édition du 21 mars 2002 du quotidien Le Devoir sous la plume de Guillaume Bourgault-Côté.

À travers tout ce qui s’est écroulé cette semaine — la vie normale, si l’on résume —, un point de repère a émergé : la manière dont le trio Legault-McCann-Arruda guide le navire au milieu d’une tempête foudroyante. Malgré la qualité de la gestion de crise du gouvernement, le plus difficile reste néanmoins à venir. Et tous le savent.

« Tu ne peux pas arriver d’un coup et tout fermer. Si tu veux que les gens embarquent, qu’ils comprennent la menace, ça te prend une gradation. »

C’est un proche conseiller de François Legault qui le dit au Devoir : le 12 mars, au moment d’annoncer le premier train de mesures de Québec pour réagir à la propagation du coronavirus — la fin des rassemblements de plus de 250 personnes et l’isolement volontaire des voyageurs —, le premier ministre savait déjà qu’il donnerait un autre grand coup le lendemain.

Mais il savait aussi qu’un traitement-choc se prend mieux une cuillère à la fois, cela, même si la cuillère a la taille d’une louche.

C’est donc le 13 mars que la vie des Québécois a vraiment basculé : les écoles et les garderies seraient fermées pour au moins deux semaines (on comprend maintenant que cela pourrait durer beaucoup plus longtemps). Le 14 mars, on décrétait l’état d’urgence sanitaire, tout en invitant les aînés à rester chez eux.

Le 15, l’ordre était donné de fermer les bars, les gymnases, les cinémas, les bibliothèques ou les centres de ski, sans compter des mesures restrictives pour les restaurants. D’autres annonces suivront dans la semaine, entraînant d’autres contraintes (notamment la fermeture des frontières par le fédéral), obligeant aussi Québec et Ottawa à sortir des dizaines de milliards en aide immédiate aux entreprises et aux citoyens touchés de plein fouet.

Des journées épiques, aux limites du surréalisme. Une crise à fragmentation qui n’épargne personne.

Et pourtant. Dans ce Québec aux salles désertes, aux contacts sociaux quasi nuls, aux autobus vides et aux cours d’école silencieuses, dans ce Québec semi-fermé et reclus, eh bien, 85 % de la population approuve la gestion du gouvernement Legault, comme le montrait le sondage Léger publié dans Le Devoir mercredi.

Note parfaite

Il faut remonter à 1998 et à la crise du verglas pour retrouver un tel phénomène. À l’époque, avec des pylônes écrasés partout au Québec, un sondage avait crédité Hydro-Québec d’un taux de satisfaction de 92 %. « On avait une entreprise incapable de donner du service à la moitié de la population, mais tout le monde était satisfait ! » s’étonne encore Steve Flanagan, qui était alors le principal porte-parole de la société d’État.

Selon lui, il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre pourquoi les Québécois accordent une telle note à leur gouvernement. « La gestion de crise faite par Québec [pour le coronavirus] est impeccable. Vraiment impeccable. Le gouvernement est intervenu très rapidement, il s’est positionné comme étant la principale source d’information fiable et crédible par rapport à la crise, les messages sont clairs et efficaces. On n’a pas hésité non plus à reconnaître que ça prendrait de l’aide — notamment des influenceurs et des artistes. »

Résultat ? « Ils ont réussi en quelques jours à peine à créer un climat de confiance au Québec pour amener l’ensemble des Québécois à vouloir s’impliquer pour ralentir la propagation du virus, dit Steve Flanagan. Aujourd’hui, on fait tous partie de la même équipe. Comme entrée en scène, c’est vraiment parfait. »

Spécialiste de la gestion de crise, M. Flanagan souligne que si « la population n’a pas la perception que le gouvernement assume rapidement ses responsabilités et son leadership, ça crée de la confusion et ça incite d’autres personnes à intervenir… ce qui augmente la confusion. C’est exactement ce qu’on a vu à Ottawa dans les premiers jours ».

Au contraire, la méthode de M. Legault, Danielle McCann (ministre de la Santé) et Horacio Arruda (directeur national de la santé publique) d’offrir des conférences de presse quotidiennes — Ottawa s’y est mis depuis — « a l’immense bénéfice d’assurer une cohésion dans la transmission des messages », dit-il. Et, plus important peut-être, de créer une « cohésion sociale qui est vraiment fondamentale dans le contexte ».

La bonne méthode

Les qualités de la formule ont été abondamment soulignées : le ton calme et rassurant des trois, mais qui est couplé à des avertissements sentis pour que l’importance de la crise qui se développe soit bien comprise. La franchise et la transparence par rapport aux opérations — ce qui va, ce qui va moins bien. Et toujours, quelques mots de M. Legault pour remercier les « anges gardiens » qui sont en première ligne du combat (le personnel de la santé), ceux qui vont donner du sang, « ceux qui nous nourrissent » ou qui vous informent : de l’empathie dans le tumulte.

« Je le vois vraiment comme un général à la guerre, le capitaine que tu veux dans des eaux troubles, dit un membre de son cabinet qui a une longue expérience politique. C’est le gars qui analyse tout, froidement mais humainement, et qui comprend l’impact de ses décisions. »

« Il excelle dans ce genre de situation, estime un autre membre de sa garde rapprochée. Il rentre dans sa bulle, et il reste totalement concentré sur l’enjeu. On parle souvent de son langage franc, mais c’est une grande force dans une crise. »

Pour Steve Flanagan, ce qu’on voit de François Legault, Danielle McCann et Horacio Arruda révèle des qualités similaires à celles du premier ministre Bouchard et du p.-d.g. d’Hydro-Québec, André Caillé, lors de la crise du verglas. « Et c’est ce qu’on attend de nos dirigeants, dit-il. Quand on est dans une situation de crise d’une ampleur exceptionnelle, il faut sentir qu’ils [les leaders] savent où ils s’en vont, qu’ils ont la compétence et l’expertise pour nous guider. »

Cela, même si les dirigeants n’ont pas toutes les réponses aux questions qui surgissent, ajoute Louis Aucoin, un spécialiste des relations publiques qui a longtemps oeuvré en politique. « Le public n’exige pas ça : mais il veut que tu sois en action, qu’il y ait un processus en cours. Il faut dire ce qu’on fait, être présent. »

Lui aussi donne une « note parfaite » au gouvernement Legault pour sa réaction depuis une dizaine de jours. « François Legault donne du sens à ce qu’il fait. Il a une stratégie de communication qui est claire, qui explique les difficultés, etc. Cela fait que même s’il y a des ratés avec les lignes téléphoniques ou les cliniques spéciales, le public pardonne. »

Durer

Sauf que tout cela ne concerne que le début de la crise — les premiers fragments de l’explosion. Et que le plus difficile est encore à venir, reconnaissent les quatre intervenants interrogés. « Le défi va être de gérer la courbe descendante, dit Louis Aucoin. On ne sait pas combien de temps ça va durer ni combien de personnes vont être affectées. C’est difficile de gérer les attentes dans un cas comme ça. »

Même écho chez Steve Flanagan. « On se dirige encore vers le pire, et on ne sait pas quand on va atteindre le point où ça va commencer à aller vers le mieux. Le grand défi est là : accompagner quotidiennement les Québécois sur le chemin qui mène au pire, et maintenir cette image de gens en contrôle. »

Car cette crise est différente de toutes les autres, rappelle autrement un conseiller de M. Legault. « Une panne de courant, on sait que ça va se rétablir à un moment donné. Une inondation, l’eau va redescendre. Mais là, il y a la question du temps et de l’inconnu. Et on est conscients que ça contraint beaucoup de monde. Sauf qu’il ne faudra pas qu’il y ait de relâchement, parce que c’est là qu’on va devenir vulnérables. »

Mais il ajoute que « la plus belle surprise jusqu’ici, c’est de voir la force de la solidarité collective. C’est franchement beau à voir ».

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