ACCEPTABILITÉ SOCIALE : Objectif ou résultat?

10 décembre 2021
par Steve Flanagan et Pierre Tadros

L’acceptabilité sociale est, aux yeux de plus en plus de décideurs et même de promoteurs, une condition imposée pour la réalisation de divers projets. D’ailleurs, la loi 122, destinée au monde municipal, privilégie, voire encadre les processus de participation citoyenne. De même, on constate une multiplication des politiques de participation publique dans les villes du Québec.

Car c’est de cela qu’il s’agit. L’acceptabilité sociale peut être perçue comme un processus d’évaluation politique (ou sociale) d’un projet et qui implique l’ensemble des parties prenantes. Cette approche suppose qu’un projet ne sera pas imposé contre une volonté de la communauté. Cela exige de consulter les acteurs du milieu; au premier chef les citoyens. Il y a donc une nécessité de participation publique.

DES CONDITIONS DE RÉUSSITE

Dès lors, un lien de confiance des parties prenantes envers la démarche est essentiel à créer. Pour y arriver, la transparence est fondamentale, et ce, tant du côté de la présentation de ses étapes que des informations qui y seront transmises. Surtout, les objectifs et les limites de la consultation doivent être clairement établis.

De même, une bonne préparation sera capitale. On devra tenir compte oui des parties prenantes, et tout autant du contexte. Comprenons ici : le territoire au sens large, l’urbanisme, l’histoire, la culture locale, le patrimoine, l’environnement, le développement économique, etc. Pour illustrer cela de manière éloquente, on ne se présentera pas de la même manière dans un arrondissement de Longueuil que dans une communauté autochtone, ni non plus dans un nouveau développement résidentiel que dans un quartier à valeur patrimoniale. Aussi, le choix des outils de communications et les méthodes de consultations devront être adaptés aux réalités locales. Conséquemment, des conditions plus favorables à la gestion des attentes pourront être réunies.

Dans cette optique, il sera également important d’établir des bases de dialogue. Nous les identifions à deux niveaux. D’abord, des règles de participation qui impliquent des lignes de conduite respectueuses, acceptées par l’ensemble des participants. Ensuite, une compréhension commune du vocabulaire utilisé, des objectifs et du cadre de la démarche.

OBJECTIF OU RÉSULTAT ?

Au cours de la démarche, diverses oppositions pourront se présenter. Elles peuvent parfois être exprimées par une conception NIMBY (pas dans ma cour) pouvant viser la crédibilité des opposants. Mais le conflit peut être porteur de bonifications à un projet, voire d’innovation. De fait, l’opposition oblige le dialogue pour obtenir une réalisation socialement acceptable.

La question se pose alors : est-ce que la démarche vise un objectif (ex. : acceptation du projet initial) ou un résultat (ex. : projet modifié ou même refusé) ?

Soyons clairs : un processus qui vise principalement l’acceptation d’un projet initial relève du marketing. Il s’agit alors de le « vendre » à une communauté. De l’autre côté du spectre, considérer la démarche comme un résultat peut aller jusqu’à la cocréation d’une réalisation éventuelle.

Nous avons la prétention d’envisager une réponse entre les deux pôles. De fait, dès lors qu’un projet ou une idée de projet est soumis, il y a nécessairement un souhait d’aller de l’avant. Il y a donc un objectif de réussite; de pouvoir procéder avec l’approbation suffisante de la communauté. Cela dit, viser cette approbation (ou acceptabilité sociale) avec une démarche de participation publique implique nécessairement la mise en œuvre d’un cadre opérationnel et d’un code d’éthique, pour les professionnels, qui apporteront éventuellement des modifications/ bonifications à l’idée originale, et même un risque de la voir refusée. Il est toujours important que le porteur du dossier soit à l’aise, ou à tout le moins conscient de cette réalité.

POLARISATION EXTRÊME

On remarque de plus en plus de polarisation extrême lors de la présentation de projets. Cela s’accompagne souvent de désinformation et/ ou de différents types de violences (verbales, vandalisme, menaces, diffamation…). Cette nouvelle réalité est exacerbée par la puissance des médias sociaux.

Les impacts ne sont pas négligeables. On pense, entre autres, à la difficulté plus grande d’obtenir la participation active de citoyens généralement plus discrets qui ne veulent pas faire les frais de cette polarisation. La question des conséquences sur les résultats de la démarche pourrait alors se poser.

Le travail de gestion des émotions, déjà inhérent au processus de participation publique, devient encore plus important. Un bon travail à ce sujet, associé à une démarche professionnelle, peut atténuer, voire désamorcer une tendance de polarisation autour d’un projet.

ÉVALUATION DU NIVEAU D’ACCEPTABILITÉ SOCIALE

A-t-on l’acceptabilité sociale? C’est la question qui tue! La réponse n’est souvent pas simple et elle comporte plusieurs implications politiques, financières et communautaires.

Objectivement, il est possible d’observer des marqueurs dans l’espace public, que ce soit en faveur ou en défaveur d’un projet ou de certains de ses aspects. Pensons aux écrits dans les journaux, dans les médias sociaux ou sur le site dédié à un projet ; ensuite, aux déplacements tels que les présences aux conseils municipaux ou lors des activités de consultation/ participation publique, et d’autres encore comme des pétitions, de l’affichage ou même des actions légales. Évidemment, le porteur de dossier peut soumettre des questionnaires lors des activités avec les citoyens ou encore des sondages, le tout étant évolutif au cours de la démarche.

Subjectivement, on va parler de l’évaluation que pose le décideur sur les marqueurs objectifs finaux ainsi que sur la démarche. Par exemple, on pourrait juger que les écrits des journaux et/ ou la participation aux activités de consultation ne représentent pas l’ensemble des personnes impliquées ou intéressées. L’évaluation sera également faite par le professionnel responsable de la démarche qui déposera un rapport au décideur.

Le hic, c’est qu’il n’y a pas de pourcentage ou de mesure claire qui indique le bon « niveau d’acceptabilité sociale ».
Il s’agit alors, pour le détenteur du pouvoir, de prendre une décision en fonction d’un ensemble d’éléments.

Nous pourrions proposer quatre grands types d’acceptabilité sociale.

Le premier serait qualifié de « sommaire », à savoir qu’il n’y a pas d’opposition clairement majoritaire à une proposition et qu’en l’absence d’obligation légale (ex. : approbation référendaire), un décideur considérerait le tout suffisamment acceptable.

Le second, justement, pourrait être « légal ». Ainsi, devant une certaine opposition, suffisante pour imposer la tenue d’un référendum, un conseil municipal peut évaluer que, collectivement, les personnes habiles à voter seront majoritaires à accepter la proposition. L’acceptabilité sociale passe alors par les urnes.

Le troisième serait celui de « l’adhésion ». Une majorité claire des citoyens et autres parties prenantes adhèrent ou rejettent une idée. Le décideur est du nombre, ou du moins accepte cette position.

Enfin, il y aurait le type « collectif ». L’ensemble des citoyens et parties prenantes ayant participé à la bonification, ou même à la création du projet, celui-ci bénéficie d’un appui dynamique de la communauté.

Dans tous les cas, l’unanimité n’est pas recherchée. Il s’agit plutôt de viser une cohésion sociale, cohérente avec les contingences du milieu (environnement, patrimoine, urbanisme, culture, etc.) et les orientations des instances décisionnelles.

Les orientations et les décisions qui seront prises à la suite d’une démarche de participation publique, en regard de l’acceptabilité sociale, forgeront la communauté. Pour le meilleur, ou parfois pour le pire, une communauté « se mérite alors à elle-même ».

LA CRÉDIBILITÉ DE LA DÉMARCHE

Quel que soit le projet, c’est la qualité de la démarche d’information et de consultation qui assurera, dans la majorité des situations, un résultat crédible. Nous ajoutons un bémol à notre affirmation puisque des considérations politiques et partisanes peuvent toujours orienter une décision finale, malgré le consensus généré ou pas autour d’un projet.

L’accès à l’information devient une condition initiale pour permettre au plus grand nombre de personnes directement touchées ou concernées de prendre connaissance du projet d’implantation dans leur milieu. Une annonce publique et une page ou un site Web dédié au projet sont incontournables. Outre les informations de base qui caractérisent le projet, le processus de communication et de consultation doit être clairement exprimé pour permettre une fois de plus aux membres d’une communauté d’y participer, voire d’orienter la façon dont ils seront impliqués. Une nuance intéressante à apporter : être transparent ne veut pas dire être nu! Par exemple, pendant l’étude d’une hypothèse, il n’est pas pertinent d’en présenter toutes les étapes d’analyse.

La consultation des parties prenantes peut prendre diverses formes. Rencontres d’information/consultation personnalisée, rencontres de groupes, séances publiques, appel à mémoires, formule questions-réponses (via le site Web par exemple) ou sondages sont les moyens usuels, sans être exclusifs, pour favoriser les échanges autour du projet. Selon l’intérêt suscité par le projet dans une communauté il peut y avoir plusieurs allers- retours entre le ou les promoteurs du projet et les citoyens. La qualité des échanges reposera sur des facteurs de crédibilité tels que la tonalité des discussions, le respect des personnes et des opinions, l’ouverture d’esprit et la volonté de contribuer au processus pour baliser la communication entre les parties prenantes, et ce, afin éviter une division qui laissera des séquelles permanentes dans la communauté.

L’analyse des échanges et des propos répertoriés permettront éventuellement d’identifier les diverses préoccupations et d’y répondre, soit par une modification du projet initial ou des engagements à respecter certaines conditions, voire accorder un dédommagement ou un aménagement au sein de la communauté. Cette analyse pourrait aussi permettre à toutes les parties de l’impossibilité d’aller plus loin dans la démarche; elles pourraient néanmoins en identifier les raisons. Les suites auraient alors une base plus solide en termes de compréhension des enjeux et des éléments sur lesquels il serait possible de bâtir.

Quoi qu’il en soit, la communication est au cœur du débat. Et c’est la qualité de cette communication qui crédibilisera la démarche, peu importe la finalité.



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